Dimanche 6 mai 2012 20H30, François Hollande, prétendant au trône de l’oligarchie politique française, accède au statut tant désiré de Président de la République. Partout en France des scènes d’euphorie, de joie, mais aussi de tristesse sont filmées, enregistrées, archivées pour notre futur passé.

21 H00, Paris, Place de la Bastille, Haut-Lieu de la révolution Française, une nouvelle farce se joue. Partout sont brandis des drapeaux français, socialistes, mais aussi marocains, algériens, tunisiens, ou Arc en Ciel,

Dés lors, les farouches et fiers nationalistes s’arment pour s’attaquer à cette population qui n’aime pas la nation, qui n’aime pas la mère patrie, et qui pourrait au moindre écart, au premier ordre de leur « père religieux » renverser le gouvernement, imposer leur dictature extrémiste. Face à eux les leaders du mercantilisme social, les Grand-Pontife de « l’Ocsoc »1, défendent la belle France unie, diversifiée, multiculturelle, multiethnique, cette France mondialisée jusqu'au confins de la campagne profonde. La nation écartelée, risque de se déchirer, pour le plaisir de certains illuminés. Derrière cette masse visible, bruyante, parfois violente, peu de voix se font entendre, mais se questionnent.

 

L’idée de nation est-elle toujours viable ? Sinon, doit-on forger de nouvelles bases pour la nation ? Peut-on reconstruire cette idée de nation ?

La nation est un concept ambigu, complexe, qui ne peut s’attacher à une seule définition.

 Au cœur des tensions, la volonté de conserver avant tout, une culture politique, sociale, religieuse.

 Avant de protéger, de défendre, la nation il faut chercher à comprendre le concept. Tout d’abord, il faut noter que la « nation » est souvent apparentée à la race, et donc s'oppose à l’autre. Pour certains partis conservateurs, ultra conservateurs notamment, l'approche ethnique est essentielle. Mais ceux qui défendent cette conception pourraient être dans l'erreur. En effet, une définition qui pourrait être pertinente pour la nation serait : « Tout agrégat humain exprimant une volonté communautaire peut prétendre être une nation et donc se constituer comme Etat souverain2 ». Il faut remplacer le facteur ethnique par la volonté de différentes communautés à vivre ensemble.

Dés lors, ceux qui refusent l’idée d’une nation cosmopolite, pour mettre en avant le sang, l’origine ou encore la race, ne peuvent pas s’opposer à l’idée de liberté des micro-ethnies ou des meso-ethnies ou macro-ethnies, qui revendiquent l’indépendance à l’image des Corses ou des Basques.

Il ne faut pas mettre de coté l'idée selon laquelle l’asservissement pourrait être au cœur de la nation. Un asservissement idéologique, armée ou non, a contraint nos « ancêtres »3 à s’associer d’abord au Royaume, puis à la République.

 L’idée de nation est viable, l’utilisation actuelle de cette idée non et elle est encore moins fiable. En effet, viable car il est nécessaire pour le fonctionnement d’un état que les populations s’unissent autour d’une volonté commune. La nation abordée comme unité fondée sur une volonté commune existe. Mais, actuellement les éléments sur lesquels la nation repose ne permette plus cette unité.

Comment Reconstruire l’idée de nation ?

Pour reconstruire l'idée de nation, il faut donc (re)trouver des bases communes qui pourraient correspondre à l'ensemble de la communauté citoyenne.

La citoyenneté.

Si l'on pose un regard sur la citoyenneté du XXe siècle. On pourrait constater certaines incohérences entre la théorie et la pratique. La théorie voudrait que le citoyen responsable de son état décide à travers des intermédiaires élus aux échelons national, régional ou local. La pratique révèle que le citoyen responsable de son choix électoral ne fait qu'élire un représentant. La prise de décision revient à la majorité, et aux différents lobbies, et technicien qui soutiennent le financement des différents partis.

La citoyenneté n'est donc plus un élément d'appartenance à la vie politique. Les plus en marge de ces décisions, environ 90% de la population, ne se sentent plus appartenir à un ensemble national cohérent. La République semble alors minée de l'intérieur par ceux qui voudraient s'en faire les défenseurs.

Il est donc essentiel pour retrouver une cohérence nationale de redéfinir les enjeux et les responsabilités des citoyens.

L'exemple des manifestions pour tous a montré à quel point les hauts fonctionnaires, les politiciens, n'écoutaient plus le peuple. Notons que parmi les manifestants, certains avaient voté pour le parti socialiste ou du moins pour son représentant. Aucun vrai débat, aucune discussion, mais juste l'application d'une décision d'un groupe qui se veut être la voix du peuple.

A travers le mouvement de manifestation contre l'eco-taxe il est aussi possible de constater l'incapacité de nos représentants à écouter les oppositions à leur décision.

Le citoyen n'est donc plus celui qui participe à la vie politique, mais celui qui élit des images audiovisuels. L'intérêt de l’élection est de pouvoir se retrouver à travers la personne qui se trouve derrière nos écrans ou dans nos radios. 

La gouvernance

La nation c'est aussi la manière de gouverner le régime politique adopté. Ce régime politique doit adapter sa gouvernance aux citoyens pour ne pas être déconnecté, pour ne pas créer de clivage entre les citoyens et les politiques. Pour fonctionner pleinement, le gouvernement a compris la nécessitée de décentraliser le pouvoir. Mais les institutions restent sclérosés dans des fonctionnements cinquantenaires, archaïques, inadaptés à la gestion d'un territoire. A la manière de la maxime de l'Agenda 21 et du sommet de la terre de Rio, il faudrait en politique « penser global et agir local ». La démocratie participative, la création d'associations de citoyens capable de s'auto-gérer, de prendre des décisions en cohésion avec leur besoin pourrait rapprocher les populations au territoire, et à plus forte mesure à la nation. Mais cette auto-gestion ne peut pas permettre d'atteindre l'unité nationale sans la présence d'une représentation nationale reconnue par tous et acceptée par tous. 

La représentation nationale. 

Dés lors se pose la question de la représentation nationale. En effet, il y a contradiction entre celui qui nous représente et ce qu'on attend de lui. Cette contradiction peut être à l'origine des mouvements de contestations. Depuis 15 ans le paradigme du vote semble avoir changé. Quand le Français vote, il vote pour un représentant, pour un Homme, Ce sont les qualités de cette homme que l'on met en avant, sa capacité à mettre en œuvre un certain programme que l'on ne lit pas, que l'on ne connaît pas. Or on devrait voter pour un programme, ou un parti. Ce changement de paradigme entraîne une incohérence dans les attentes. La population voudrait un homme capable de changer les choses à toutes les échelles, seul.

Si l'on prend des pays où le régime repose sur une monarchie constitutionnelle, la représentation nationale et internationale est distincte du pouvoir législatif et exécutif. L'unité nationale n'existe pas forcément plus dans ses pays, mais on peut noter que les populations ont un sentiment important d'appartenance à une communauté à travers les différentes familles royales.

Quelle Histoire et Quelle culture ?

Pour la majorité des élites et des intellectuels Français et Européens, la culture commune est élitiste et repose sur une base qui ne semble plus correspondre à la majorité. Du moins dans la forme. Quand Valery Giscard d'Estaing parle d'une Europe et d'une citoyenneté réunie autour de la culture de la Renaissance, des Lumières ou d'autres critères culturels , il oublie que ces phénomènes se diffusent dans le temps et dans l'espace de manière plus ou moins rapides, ainsi la Turquie a connu sa Renaissance, et ses Lumières. Quelle place donner à la culture arabe qui a nourrit la péninsule Ibérique avant la Reconquista. Et que dire de la culture multi-ethnique du XXe siècle et des migrations plus ou moins volontaires ayant créé des mixités qu'on ne peut plus nier, ou difficilement. On ne peut pas nier l'existence de population Arabe dans l'Europe médiévale. Comme on ne peut pas nier l'impact de la présence coloniale dans le reste du monde.

Pour l'intérêt de la nation, il faudrait sortir d'une histoire européano-centrée, redéfinir les critères de l'histoire nationale, mettre fin à la victimisation des minorités historiques, et retrouver un consensus historique, une vérité historique qui pourrait faire l'unanimité dans les communautés.

 

Pour conclure, l'idée nation est au coeur des enjeux de citoyenneté. Durant cette période où les communautés d'un même Etat s'opposent à cause des différences culturelles, ethniques, sociales ; il est nécessaire de reconstruire l'idée, le concept de nation. Pour celà, il est important de replacer le citoyen au coeur de la vie publique, modifer les systèmes de gouvernance, trouver une représentation nationale commune, et s'appuyer sur une vérité historique qui pourrait unir les populations. 

printempspeuples

 Le printemps des peuples, d'après une lithographie romantique, 1848

 

1 Philippe Muray, Le XIXe Siècle à Travers les âges, Denoël, 1999, Mesnil-sur-l’Estrée.

2 Sous la direction de Jacques Levy et Michel Lussault, Dictionnaire de géographie et de l’espace des sociétés, Belin, 2009, Paris, p 652.

3 Peut-on encore aujourd’hui prétendre être les descendants des vaillants gaulois « opprimés » par les Romains, Peut-on encore prétendre que la nation française est le fruit du désir d'une certaine dynastie.